Communiqué de presse – Campagne de communication pour le 80 km/h – 03/03/18

Campagne de communication
« Rouler moins vite c’est sauver plus de vies »

Les citoyens vosgiens ont pu voir, comme nombre de Français avant eux ces derniers jours, l’encart publicitaire au sujet des 80 km/h, paru dans la presse locale.

Nous écrivons « publicitaire » sciemment : en effet, comme tout message publicitaire, celui-ci a un cout. De plus, comme toute publicité, son contenu a pour objectif de convaincre les personnes peu ou mal informées d’une sincérité dans le message diffusé, et donc entrainer de facto l’adhésion aux arguments mis en avant.

Décortiquons donc cette publicité du gouvernement.

 

Tout d’abord son cout : cette campagne est estimée par nombre d’observateurs à 1,6 million d’euros.

Même si nous voulons bien croire que le gouvernement a pu obtenir de substantielles ristournes (lesquelles, et en échange de quoi ?), on peut s’interroger sur le bienfondé de telles dépenses de propagande – le mot est fort nous en convenons – quand l’enjeu affiché de la sécurité routière demande des moyens sans cesse en augmentation.

 

Comment qualifier un tel message, basé sur des approximations et des contrevérités ?

  1. Examinons la première partie : « Économisons, par cette mesure du 80 km/h, de 300 à 400 vies par an. »

Au-delà de la marge affichée d’incertitude (33 % quand même), reprenons ces chiffres : ils s’appuient, nous dit-on, sur une étude demandée par le CNSR et publiée en 2013.

Quand on lit cette étude, sur le site du CNSR, on s’aperçoit surtout qu’elle s’appuie sur un modèle empirique (donc sans rigueur scientifique) du Suédois NILSSON publié en 1982, il y a donc 36 ans, et s’inspirant lui-même d’une autre étude, celle de BOHLING, autre Suédois ; cette seconde étude a été publiée, elle, en… 1968.

La lecture attentive de ces études – si contemporaines – nous apprend, avec force graphiques et statistiques, que la gravité des blessures (classées en 6 catégories, la 6e étant la mort) est proportionnelle à la vitesse d’impact. En résumé : plus on tape fort, plus on se fait mal. Ça valait vraiment la peine de faire autant d’études depuis autant d’années pour cette découverte ! En découle donc la conclusion que si la vitesse baisse, la gravité des blessures aussi. Soit. Mais on voudrait nous faire croire que ce sont les usagers qui circulent entre 80 et 90 km/h qui se tuent ?

Tout un chacun sait très bien que les « pertes de contrôle » relatées dans les accidents se font à des vitesses bien plus élevées ! Un exemple [Source] pour illustrer cela :

  • mortalité en France : 9,6 tués par milliard de km parcourus ;
  • mortalité au Royaume-Uni : 6,7 tués par milliard de km parcourus.

Soit 43 % en plus en France.

  • Vitesse en France = 90 km/h.
  • Vitesse au Royaume-Uni = 60 MP/h, soit 96,54 km/h.

Cherchez l’erreur…

 

  1. La mortalité a baissé ces dernières années de 37 % nous dit-on, entre 2002 et 2005.

Nous nous en réjouissons. Et regrettons qu’elle n’ait pas baissé plus encore. Mais s’attribuer les lauriers d’un tel résultat en le corrélant à la mise en place des radars confine à la mystification. La peur du gendarme, certes, peut calmer les usagers (les plus raisonnables d’ailleurs). Mais quid de l’amélioration des véhicules ? de tous les efforts des constructeurs pour proposer des véhicules tenant mieux la route, freinant plus fort et, si l’accident arrive quand même, diminuant les risques de blessure avec les airbags et zones de déformation progressive ?

 

  1. Les distances de freinage.

On touche là du doigt la plus belle des bouffonneries. Si les distances de réactions sont exactes (c’est juste de la physique), les distances de freinage avancées sont celles des voitures des années 60.

Rappelons quelques éléments de base :

  • La distance de freinage pour un véhicule est la somme de la distance parcourue pendant le temps de réaction et de la distance de freinage proprement dite ; le total des deux donne la distance d’arrêt.
  • La distance de freinage se calcule selon la formule : DF = V² / 2A0. Ou V est la vitesse initiale, et A0 la force de freinage.

À partir d’un calcul de 2012, avec un matériel correct la décélération est de -11 m/s² sur sol sec et de -8,5 m/s² sur sol mouillé.

Ce qui nous donne pour 90 km/h : 28 mètres, à rajouter aux 25 mètres parcourus pendant le temps de réaction soit 53 m au total. C’est-à-dire 4 mètres plus court que ce qu’espère le gouvernement avec ses 80 km/h ! Nous sommes là dans de l’intoxication pure et dure.

 

Que conclure de tout cela ?

  1. Que la communication du gouvernement à ce sujet est entachée d’erreurs, d’imprécisions et de contrevérités, c’est certain.
  2. Que le projet de réduire la vitesse à 80 km/h sur le réseau secondaire est inspiré par des études très anciennes et hautement contestables dans leurs conclusions, c’est avéré.
  3. Que le gouvernement, sciemment, diffuserait des contrevérités dans le but de racketter les usagers de la route tout en se faisant passer pour des décideurs vertueux ?

Pour ce dernier point, il n’y a qu’un pas pour s’en persuader, pas que nous éviterons de franchir pour l’instant. À condition que ce gouvernement se ressaisisse. Qu’il admette avoir mal jugé de la situation et qu’il supprime ce projet stupide. Et que, par la même occasion, il convoque des assises de la sécurité routière auxquelles nous entendons bien participer pour faire valoir nos propositions.

Car la FFMC, depuis son origine, milite pour le partage de la route et la sérénité de son usage afin de permettre au plus grand nombre de se déplacer ou de vivre sa passion dans les meilleures conditions de sécurité. C’est par la prévention, la pédagogie, l’entretien des équipements, la formation tout au long de sa vie, etc. qu’on arrivera à cette sécurité que nous voulons tous.

Si tel n’est pas le cas, et que le gouvernement persiste dans cette attitude méprisante et déconnectée de la réalité, alors il portera la responsabilité de la montée en puissance de l’expression des mécontentements, à laquelle la FFMC prendra toute sa part. Car si nous sommes force de proposition, nous avons montré à maintes reprises que nous savons nous faire entendre et le manifester de façon spectaculaire. Nous espérons ne pas avoir à en arriver là, mais nous proclamons d’ores et déjà toute la vigueur de notre détermination.

Jean-Luc Dubois,
Coordinateur FFMC 88.