Nouvelles mesures. AG du 20/01/2018 -Janvier 2018 (1)

Bonjour,

Les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement appellent les commentaires suivants :

La FFMC a toujours soutenu qu’une politique efficace de sécurité routière devait s’articuler selon deux axes complémentaires : formation et prévention d’un côté, répression de l’autre.

Le caractère pratiquement uniquement répressif des dernières mesures montre que nous ne sommes toujours pas écoutés. Et pourtant, comme on l’entend trop souvent, il n’y a pas d’opposition systématique de notre part à toute mesure répressive.

 

Pour exemple, quelques mesures nouvelles, qui devront cependant être davantage expliquées, nous semblent aller dans le bon sens :

  • le renforcement des sanctions contre l’utilisation du téléphone au volant (voire au guidon) nous parait utile, bien que le côté « usine à gaz » nous inquiète un peu (comment prouver que le responsable d’un accident téléphonait au moment où celui-ci s’est produit ?) ;
  • l’obligation de la pose d’un éthylotest antidémarrage pour les conducteurs récidivistes de conduite en état d’ivresse (pour les produits psychotropes, il ne semble pas encore y avoir de solution). Attention cependant à ce que ces conducteurs ne se rabattent pas sur les voitures sans permis, et donc demeurent tout aussi dangereux. Le suivi psychologique prévu devra être rigoureux ;
  • la pose d’un dispositif électronique surveillant la vitesse pour les conducteurs coupables d’un très grand excès de vitesse, pour leur permettre de continuer à rouler alors qu’ils encourent un retrait de permis. Cette mesure peut permettre d’éviter des casses sociales (perte d’emploi suite à un permis retiré) ;
  • l’idée de récompense pour les bons conducteurs : sous quelle forme ? L’attribution de points en plus serait une bonne solution.

 

Pour le reste, la sécurité routière, par incompétence ou suffisance, n’a toujours pas tiré les leçons de ses échecs. Le meilleur exemple est la politique d’implantation des radars, qu’ils soient fixes ou embarqués. On nous a rebattu les oreilles pendant des années sur la corrélation entre augmentation du nombre de radars et baisse des victimes de la route : c’est un échec cuisant, le nombre de tués étant en augmentation constante depuis 2014. À ce propos, la fonction publique ayant adopté depuis quelques années la culture des objectifs assignés à chaque fonctionnaire, et en particulier à l’encadrement, il conviendrait de tirer les conclusions qui s’imposent quant à cet échec.

 

Quant à la limitation à 80 km/h, on peut dès à présent parier que cette mesure sera totalement inefficace (sauf pour le budget de l’État), et ce pour plusieurs raisons :

  • la vitesse des véhicules déjà limités à 80 km/h sera maintenue (camions en particulier). Cela implique l’impossibilité des dépassements sur chaussées planes, et un bouchonnage très important dès l’apparition de reliefs notables où d’enchainement de virages, entrainant de facto un risque évident de dépassements dans des endroits non adaptés. Donc, pour éviter des grèves de transporteurs qui risqueraient de bloquer le pays, on ne touche surtout pas à leur vitesse, au risque d’augmenter le nombre de victimes de la route. Le propos n’est bien évidemment pas de demander la baisse de la vitesse de ces véhicules, mais de démontrer qu’il n’y a aucune logique dans cette mesure ;
  • la baisse de la pollution : la baisse de la vitesse est de nature à encrasser plus vite les filtres à particules, d’où pollution accrue. L’augmentation des bouchons induite par les camions (cf. ci-dessus) est également de nature à accroitre la pollution puisque les VL devront changer de vitesse ;
  • le gain de 300 à 400 vies : totalement invérifiable ;
  • le déni de démocratie: alors que la majorité des conducteurs est opposée à la mesure, elle est quand même imposée.

L’État est tellement sûr de l’efficacité de cette mesure qu’il propose un bilan dans 2 ans. Comment y croire, alors que la première expérimentation, mise en place en 2015, n’a donné lieu à aucun bilan ni aucune communication sérieuse ? Dans un souci d’économie, je conseille au gouvernement de conserver précieusement les panneaux 90, qui pourront ainsi être remontés à moindres frais dans 2 ans, quand l’expérience aura échoué. Il est d’ailleurs à noter que de nombreux élus locaux sont contre cette obligation (Vosges Matin du 10/01/18) pour un problème de coût : à 300 € le panneau, la dépense estimée pour le département avoisine les 15 000 €. Cet argent pourrait être investi beaucoup plus utilement dans la prévention.

Il faut relever également le caractère une nouvelle fois usine à gaz : toutes les routes sans séparateur central ne subiront pas le même traitement. En effet, les 2 x 2 voies et les 2 voies d’un côté et 1 voie de l’autre, toujours sans séparateur, ne seront pas concernées.

 

Enfin, la mesure spécifiquement destinée aux motards demeure dans le droit fil des angoisses de la sécurité routière : après l’épisode rocambolesque du marquage CE (cf. une précédente Newsletter), des plaques d’immatriculation, des radars en virage (idée tellement idiote qu’elle a été abandonnée aussi vite qu’elle avait été émise ) retour sur le gilet gonflable dont devront disposer les motos-écoles dans le but d’inciter les jeunes conducteurs à s’en équiper. Bien sûr que cet équipement renforce la sécurité des conducteurs de 2RM. Il ne faudrait pas pour autant le rendre obligatoire, pour une raison évidente de coût : entre 600 et 2 000 €, auquel s’ajoute le coût de la maintenance (cartouche de gaz). Seule une petite partie de la population motarde peut supporter ce surcoût, et certainement pas ceux pour qui cet équipement serait le plus utile, c’est-à-dire les jeunes conducteurs. Cette méconnaissance du monde motard n’est pas non plus très glorieuse pour ceux qui se croient investis de la mission de nous protéger à tout prix, et même contre notre volonté.

Tout cela pour vous dire que ce n’est vraiment pas le moment de baisser les bras. On vous attends donc en nombre à l’AG samedi à partir de 15h30, salle inter jeunes rue Charlet.

À bientôt,

Luc