Le bruit, ennemi de l’intérieur ?

Avec les beaux jours et les fenêtres ouvertes, le bruit redevient un sujet, surtout après deux mois du silence relatif imposé par le confinement ! Le bruit excessif de certains usagers de deux-roues motorisés, motos comme scooters, cristallise bien des mécontentements.

Un critère très clivant, tant la gêne provoquée par quelques-uns stigmatise l’ensemble de notre communauté. Un péril que nous ferions bien de balayer devant notre porte, au risque de voir s’étendre les interdictions et autres limitations à l’ensemble des motards. Comment en effet exiger d’être respectés quand on ne respecte pas l’autre ?

Deux mois sans bruit dans nos villes : le retour de la circulation a apporté avec elle cortège de nuisances et accentue ce phénomène : le bruit excessif de certains motards ou scootéristes, adeptes de pots déchicanés, met tous les usagers de deux-roues motorisés la tête sur le billot. Au point de provoquer, chez certains responsables politiques, des velléités d’interdiction à ce motif. Certaines routes, en Allemagne ou dans les Pays-Bas, ont ainsi été interdites à la circulation de motos. Chez nous, les routes des Vosges connaissent régulièrement des velléités à interdire les 2RM. Pour l’instant, faute de fondements légaux solides, ces ballons d’essai sont sans suite, mais n’en sont pas moins révélateurs d’un fait de société : l’excès de bruit de certains nuit à l’ensemble de notre communauté !

L’Autriche vient de décider une interdiction inédite : bannir durant l’été certaines motos de six tronçons routiers de montagne. Les motos concernées sont celles dont le niveau sonore mesuré en statique, celui qui est indiqué sur le certificat d’immatriculation, dépasse les 95 dB. Pou relever cette interdiction, on peut se défendre avec la réglementation et les normes : libre circulation dans les pays européens, lecture erronée des mentions du certificat d’immatriculation concernant le bruit. Et hop, fin de l’histoire ? Ce serait ignorer les véritables raisons de ces interdictions : trop de motards prennent des libertés avec leur machine, et ce dès la sortie de la concession. Certains n’auront jamais roulé avec une moto munie de son échappement d’origine, et une bonne partie aura même ôté sciemment le fameux dB killer (chicane antibruit en français), indispensable pour limiter le bruit et respecter à la fois l’homologation… et les autres ! Ce manque de considération pour autrui de la part d’une partie de la population motarde, c’est le monde motard qui se tire une balle dans le pied.

Depuis 40 ans que la FFMC existe, le respect de l’autre et de ses différences est central dans son projet. Ce n’est pas qu’une déclaration de bonnes intentions dans ses statuts, c’est un projet associatif, une philosophie, que chaque personne responsable se doit de respecter. Nous défendons que l’éducation fait mieux que toutes les répressions ? Le sujet du bruit excessif en est un exemple : des règlements existent pour qu’une moto fasse un bruit socialement acceptable. Pourtant, cela n’empêche pas beaucoup de motards de modifier leur machine pour émettre plus de bruit.

Alors, quel est le problème et par quel bout l’attraper ? Pas par la législation, qui prévoit un niveau de bruit similaire pour tous les véhicules.

Par le contrôle de la machine ? Cet argument conduirait à un contrôle technique imposé aux motos. D’ailleurs il suffirait de se rendre à la visite en remontant un dB killer intentionnellement enlevé, donc où est l’intérêt ?

Les contrôles sur le terrain ? Depuis le temps que dans des zones clairement identifiés, villes, successions de courbes, trajets touristiques, tout le monde sait que des excès se produisent, leur répression serait facile… si les forces de l’ordre étaient plus motivées par ces incivilités que par des excès de vitesse autrement plus lucratifs, même quand ils sont modérés !

Que reste-t-il ? Prendre le problème à sa racine : l’éducation pour rendre aux 2RM leur juste place dans une société mutuellement respectueuse. Car il faut bien le dire : quand on ne manifeste pas de respect à autrui, il est illusoire d’attendre en retour une quelconque considération. Au contraire, nous nous ferions stigmatiser sans autre forme de procès. Notre avenir en dépend, en grande partie.

 

Voir en ligne : Le Tyrol autrichien bannit certaines motos de ses routes emblématiques